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Théorie musicale et solfège pour guitare et piano

Lire les notes, mesurer les intervalles, bâtir les accords, entendre les cadences

La théorie musicale est le système de noms, de distances et de règles avec lequel les musiciens décrivent ce qu'ils entendent déjà : pourquoi deux notes se heurtent, pourquoi une phrase sonne achevée, pourquoi un accord tire vers un autre. Elle n'interdit rien — elle fournit la langue qui permet de refaire exprès ce qu'on a trouvé par hasard. Cette page est l'entrée de cette langue : les quatre appuis sur lesquels tout le reste repose, et où chacun est traité en détail.

Théorie musicale et solfège : ce que recouvre chaque mot

Les deux mots ne désignent pas la même chose, et la confusion coûte du temps. Le solfège, c'est la lecture : savoir quelle note est écrite, à quelle hauteur, pendant combien de temps, et la chanter ou la jouer juste. La théorie musicale, c'est l'explication : pourquoi ces notes-là ensemble produisent cet effet-là. On peut lire sans expliquer, et expliquer sans lire couramment — mais les deux se renforcent, et la plupart des blocages viennent de n'en travailler qu'un seul.

La théorie décrit, elle ne prescrit pas. D'abord la musique a existé ; ensuite quelqu'un a remarqué que certaines associations revenaient et leur a donné des noms. Cet ordre explique pourquoi la théorie ne dit jamais qu'un accord est faux : elle dit seulement ce que l'auditeur en attend d'ordinaire.

L'utilité pratique se mesure en vitesse. Sans théorie, chaque morceau nouveau est un mur de son à déchiffrer depuis zéro. Avec elle, vous entendez quatre accords et reconnaissez une tournure croisée cent fois, donc vous accompagnez dès le deuxième couplet. Presque tout tient en quatre choses : la distance entre deux notes, l'empilement de notes jouées ensemble, le réservoir de notes où puise un morceau, et la façon dont une phrase vient au repos.

Lire les notes : ce que le solfège règle vraiment

Lire les notes, c'est faire tenir ensemble trois informations sur un même signe : la hauteur, donnée par la position sur la portée et par la clé ; la durée, donnée par la forme de la figure ; et l'altération éventuelle, donnée par l'armure ou par un signe accidentel. La difficulté n'est jamais dans l'une de ces trois prises séparément, elle est dans leur simultanéité.

La clé est ce qui décide de tout le reste : elle fixe une note de référence sur la portée, et les autres se déduisent par voisinage. C'est pourquoi la même position ne se lit pas pareil en clé de sol et en clé de fa — et pourquoi un pianiste, qui lit les deux en même temps, met plus longtemps à démarrer qu'un guitariste, qui n'en lit qu'une.

Le raccourci qui fait gagner des mois : cesser de compter à partir de do à chaque note. On mémorise trois ou quatre repères sur la portée — la note de la clé, celles des lignes extrêmes — et on lit les autres comme des écarts par rapport à eux. C'est exactement le passage du déchiffrage lettre par lettre à la lecture par groupes dans une langue écrite.

Les intervalles, plus petite unité qui veut dire quelque chose

Un intervalle est la distance entre deux hauteurs, et c'est la plus petite unité de théorie qui porte déjà un sens à elle seule. Jouez deux notes ensemble : que le résultat sonne creux, doux, tendu ou comique, c'est l'intervalle qui en décide, pas le choix des notes. D'où l'ordre d'étude : les accords sont des intervalles empilés, les gammes en sont des chaînes, la mélodie est un trajet mesuré en intervalles.

Le nom d'un intervalle a deux parties : un chiffre et une qualité. Le chiffre compte les degrés d'une note à l'autre, les deux extrémités comprises — de do à sol il y a une quinte : do-ré-mi-fa-sol, cinq degrés. La qualité — juste, majeure, mineure, augmentée, diminuée — fixe la taille exacte, car une quinte existe en trois largeurs selon les altérations.

Commencer par la quinte juste est rentable. C'est la distance entre les deux notes graves de presque tout accord, l'accord entre cordes voisines de la guitare sauf une paire, et le pas qui engendre tout le cycle des tonalités. Une fois la quinte entendue avec sûreté, les tierces et les septièmes viennent vite : elles s'entendent comme des écarts par rapport à un repère connu.

Accords et renversements d'accords

Un accord, ce sont trois notes ou plus jouées ensemble, et son nom décrit sa construction, pas sa manière d'être joué. Do majeur, ce sont les notes do, mi et sol dans n'importe quel ordre, à n'importe quelle octave, sur n'importe quel instrument. C'est pourquoi un seul nom couvre à la fois une position de guitare à six cordes et une disposition de piano à deux mains, qui ne se ressemblent en rien.

Un renversement, c'est ce même accord avec une autre note à la basse. Mettez mi en dessous au lieu de do et vous avez l'accord de sixte, premier renversement ; mettez sol et c'est l'accord de quarte et sixte, le deuxième. L'harmonie ne change pas, le caractère si : l'état fondamental est stable et conclusif, les renversements sont plus légers et penchés vers l'avant.

C'est précisément pour cela que les renversements d'accords sont l'outil courant d'un enchaînement souple, sans que la basse saute. À la guitare, ils sont le moyen de quitter les trois premières cases : les mêmes accords plus haut sur le manche avec une autre basse laissent la suite monter au lieu de repartir de zéro. Au piano ils règlent un problème plus physique : trois accords de suite à l'état fondamental obligent la main à traverser le clavier, alors que les mêmes trois avec deux renversements tiennent sous une seule position.

Gammes, tonalité et cycle des quintes

Une gamme est le réservoir ordonné de notes où puise un passage. Une tonalité, c'est ce même réservoir doté d'un centre de gravité : une note fait l'effet d'un chez-soi, et finir sur n'importe quelle autre laisse la question en suspens. La différence s'oublie facilement et vaut d'être tenue : la gamme est la matière, la tonalité est le sentiment d'arrivée.

La gamme majeure est la mesure de tout le reste. Les autres se décrivent d'ordinaire comme des écarts par rapport à elle : la mineure naturelle abaisse trois degrés, les modes déplacent le point de départ, les gammes plus rares altèrent une ou deux notes de plus. Apprendre sérieusement la gamme majeure rapporte donc davantage que trois autres apprises à moitié.

Le cycle des quintes est ce qu'on obtient en prenant un seul intervalle et en le suivant de proche en proche. Une quinte au-dessus de do, on trouve sol, qui demande un dièse ; une quinte de plus mène à ré, qui en demande deux. Douze pas plus loin, on est revenu au départ après avoir visité toutes les tonalités. Ce seul fait met de l'ordre dans les armures et prédit le mouvement d'accords le plus fréquent de la musique occidentale.

Les cadences en musique

Une cadence est la tournure d'accords qui referme une phrase musicale — ce que la musique a de plus proche de la ponctuation. Qu'un morceau puisse s'arrêter en sonnant achevé, au lieu de simplement cesser, est presque toujours le travail d'une cadence dans les deux derniers accords.

Il y en a peu à connaître, et elles sont nommées d'après leur degré de clôture. La cadence parfaite rentre à la maison depuis le cinquième degré et pose le point final. La demi-cadence s'arrête sur ce cinquième degré et laisse la phrase ouverte — d'où le nombre de couplets qui finissent là avant d'entrer dans le refrain. La cadence plagale arrive depuis le quatrième degré et sonne plus paisible. La cadence rompue prépare la fin puis va ailleurs.

Les cadences sont l'endroit où la théorie devient tout de suite utile à qui compose. Si un passage de votre cru donne l'impression de flotter au lieu de finir, le problème n'est en général pas la mélodie mais l'absence de cadence : la phrase n'a jamais annoncé à l'auditeur qu'elle était terminée.

Solfège et théorie à la guitare

À la guitare, la théorie est compliquée par la facture de l'instrument : la même note existe à plusieurs endroits du manche, et l'accordage n'est pas régulier. D'où le phénomène connu : on joue des années par formes de position sans savoir ce qu'on joue. Les formes fonctionnent sans les noms — c'est à la fois le cadeau de l'instrument et la raison pour laquelle la théorie arrive tard chez les guitaristes.

L'entrée la plus courte passe par les intervalles vus comme des distances sur le manche, et non comme des abstractions. Une case, c'est un demi-ton. Deux cases sur la même corde, un ton. La même case sur la corde voisine, une quarte — sauf entre la troisième et la deuxième corde, où c'est une tierce. Cette unique exception cause l'essentiel de la confusion et explique pourquoi les formes d'accords se déforment justement sur cette paire.

La lecture des notes, elle, se travaille mieux en position fixe : on choisit une case de départ et on ne lit que ce qui s'y trouve, jusqu'à ce que le lien signe-doigt devienne automatique. Chercher partout sur le manche pendant qu'on déchiffre revient à apprendre deux choses à la fois, et c'est ce qui fait abandonner.

Solfège et théorie au piano

Le piano est l'instrument sur lequel la théorie s'est largement écrite, et cela se voit. Une touche vaut une note, la disposition est linéaire, et le dessin des touches noires rend les distances visibles : le ton et le demi-ton se voient au lieu de se compter. Presque tout ce qui est abstrait devient évident dès qu'on le pose sur le clavier — d'où le conseil si répandu aux guitaristes d'apprendre un peu de piano.

Le prix de cette clarté n'est pas évident : comme toutes les touches se ressemblent, une même forme déplacée à partir d'une autre note donne un accord d'un autre mode si on ne la rectifie pas. Le guitariste déplace une forme et retrouve le même accord ailleurs ; le pianiste déplace et obtient autre chose. La théorie est ce qui indique la rectification à faire.

Le solfège au piano a sa difficulté propre : deux clés lues en même temps. Le remède habituel est de les séparer d'abord, main droite seule puis main gauche seule, et de ne les réunir qu'une fois chaque portée lue sans hésitation — réunir trop tôt double la charge et ralentit les deux.

Questions fréquentes

Faut-il la théorie musicale pour jouer ?

Non. Beaucoup de bons musiciens jouent d'oreille, par formes ou de mémoire sans jamais nommer ce qu'ils font. La théorie n'est pas une autorisation de jouer. Ce qu'elle change, c'est la vitesse de tout le reste : le temps qu'il faut pour relever un morceau, la facilité à refaire ce qui est sorti en improvisant, l'entente avec les autres musiciens en répétition.

Quelle différence entre solfège et théorie musicale ?

Le solfège est la lecture : reconnaître la hauteur et la durée écrites, puis les chanter ou les jouer juste. La théorie est l'explication : pourquoi ces notes ensemble font cet effet. On peut lire sans expliquer et expliquer sans lire vite ; les deux se renforcent, et travailler l'un sans l'autre est la cause la plus courante de blocage.

Par où commencer la théorie musicale ?

Par les intervalles. C'est la plus petite unité qui signifie déjà quelque chose, et c'est avec eux que sont bâtis les accords, les gammes et les cadences. Commencer ailleurs — en mémorisant des noms d'accords, par exemple — revient à apprendre des résultats sans le mécanisme qui les produit.

Comment lire les notes plus vite ?

En cessant de compter depuis do à chaque note. On retient trois ou quatre repères sur la portée et on lit les autres comme des écarts par rapport à eux. C'est le même passage que dans une langue écrite : du déchiffrage lettre par lettre à la lecture par groupes.