Diatonique
Gammes dans cette famille : 7
La famille diatonique, ce sont les sept gammes obtenues en lisant la gamme majeure depuis chacun de ses degrés : ionien, dorien, phrygien, lydien, mixolydien, éolien et locrien. Les sept contiennent les mêmes notes — depuis do, les touches blanches du piano — et ne diffèrent que par la note traitée comme tonique. Ce seul choix change tout ce que l'oreille entend.
Une note d'écart chacun
La voie la plus rapide consiste à comparer chaque mode à la gamme majeure ou mineure dont il est le plus proche, car l'écart tient toujours à un seul degré. Le lydien, c'est le majeur à quarte augmentée. Le mixolydien, le majeur à septième mineure. Le dorien, le mineur à sixte majeure. Le phrygien, le mineur à seconde mineure. Le locrien, le mineur à seconde mineure et quinte diminuée à la fois, ce qui le prive d'accord de tonique stable.
L'ionien et l'éolien n'appellent aucune comparaison : ce sont la gamme majeure et la mineure naturelle sous des noms plus anciens. Restent cinq modes réellement colorés, et la couleur tient chaque fois au degré modifié. Qui entend ce degré entend le mode ; qui ne l'entend pas ne l'obtiendra pas en répétant la gamme.
Le bonnet phrygien et le nom des modes
En français, le mot phrygien évoque d'abord un bonnet : celui de Marianne, emblème républicain visible dans chaque mairie. Ce n'est pas une confusion mais une origine commune. Le vêtement et le mode portent le nom de la même région d'Asie Mineure, comme l'ordre dorique en architecture porte celui du même peuple grec. La théorie musicale a puisé au même endroit que l'histoire de l'art.
L'emprunt musical est en revanche inexact. Les théoriciens du Moyen Âge ont appliqué les termes grecs à leurs propres modes d'église, et les systèmes qu'ils décrivent ne sont pas ceux des Grecs. Rien dans le mode dorien d'aujourd'hui ne restitue ce qu'aurait joué sous ce nom un musicien de l'Antiquité.
Pourquoi le mode disparaît si on le travaille mal
Jouez de ré à ré sur les touches blanches : on vous dira que c'est du ré dorien. Isolément, non. Sans harmonie dessous, l'oreille choisit le centre tonal le plus fort disponible, et ce sera do au bout de quelques secondes. Un mode ne naît pas du fait de commencer sur une autre note, mais du fait de faire de cette note le centre de gravité et de l'y maintenir.
En pratique, c'est l'harmonie qui travaille. Un bourdon sur ré, un va-et-vient de ré mineur à sol, une ligne de basse qui revient sans cesse à ré : chacun installe le mode en une mesure. D'où le trait général de la musique modale — très peu de mouvement harmonique. Une progression fonctionnelle forte ramène l'oreille vers la tonique attendue, et la couleur modale s'en va avec elle.
Où on les entend
Le dorien porte la couleur mineure avec une sixte éclaircie et règne sur les vamps funk, les airs celtiques et une bonne part du jazz. Le mixolydien, c'est l'accord de dominante tenu comme tonalité d'accueil : la description de presque tout le rock issu du blues. Le lydien est le plus lumineux des sept et s'est imposé au cinéma pour l'émerveillement et les grands espaces. Le phrygien, avec sa seconde mineure, est le plus sombre des modes utilisables et porte aussi bien le flamenco que le métal.
Le locrien fait exception et confirme la règle. Son accord de tonique est diminué : rien ne se pose, et le mode ne peut pas fonctionner comme tonalité. On l'emploie en couleur au-dessus d'un accord demi-diminué, non comme un chez-soi, et vouloir composer dedans est une erreur fréquente de débutant.
Comment les travailler
Prenez un accord et restez dessus. Bouclez un ré mineur, jouez du ré dorien par-dessus, puis rejouez la même boucle en ré éolien. La seule note qui change est la sixte — si bécarre contre si bémol — et entendre cette différence en contexte apprend davantage que sept gammes mémorisées séparément.
À la guitare, toute la famille tient dans une seule position, puisque les sept modes utilisent les mêmes notes. C'est un confort et un piège : le doigté ne dit pas dans quel mode vous êtes, seule l'harmonie le dit. Nommez la tonique à voix haute en jouant, ou enregistrez un bourdon et improvisez dessus. L'objectif est d'entendre le centre, pas de retenir un schéma.
Questions fréquentes
Que sont les modes diatoniques ?
Sept gammes faites des mêmes notes lues depuis des degrés différents : ionien, dorien, phrygien, lydien, mixolydien, éolien et locrien.
Pourquoi mon mode sonne comme la gamme majeure ?
Parce que rien n'installe la nouvelle tonique. Un bourdon, un vamp ou une basse sur la fondamentale du mode le rend audible.
Par quel mode commencer ?
Le dorien et le mixolydien : chacun ne diffère que d'une note du mineur et du majeur, et tous deux sont partout dans le rock et le jazz.